L'ascension du Kilimandjaro, en 1ère mondiale

"L'ASCENSION DU KILIMANDJARO"

Le toit de l'Afrique

"Le Kilimandjaro, un grain de sable au milieu de ma désillusion"

Le 7 février 1986, quand nous prîmes l'avion pour la Tanzanie, cela faisait 4 ans que j'entendais parler régulièrement du Kilimandjaro par le biais de Gérard Brun, qui l'avait escaladé 2 fois déjà avec un vélo, mais pas seul. Il pensait à René Comas en entendant parler de mes actions sportives.

Un peu d'histoire et de géographie.

Où est le Kilimandjaro?

En Tanzanie!

Et la Tanzanie où est-ce?

La Tanzanie est situé en Afrique de l'Est, coincée entre le Kénya, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Zaîre, la Zambie, la Malawi, le Mozambique et l'Océan Indien. Sa superficie est de 945.090km carré dont 2 600km carré des Iles de Zanzibar et de Pemba. C'est un pays de 24 millions d'habitants dont 650.000 à peu près habitent les 2 îles citées précédemment. L capitale administrative et politique s'appelle Dodoma, mais en réalité, au nombre d'habitants et dans l'esprit des gens, la capitale se nomme Dar-es-Salam avec 1 million5 d'habitants. 130 tribussont réparties sur l'ensemble du territoire dont les Sukuma, les Nyamwesi, les Chagga, les Haya, les Cogo, les Massaï etc.... Les Massaï sont un peu la curiosité de ce pays, car on dirait des hommes d'un autre temps, ce sont des devins, des sorciers qui refusent la civilisation et tous ses débordements. Ils sont dotés d'une civilisation morale et religieuse particulière, actuellement ces hommes d'un autre âge gardent les troupeaux. Il ne supprotent pas d'être photographiés, regardés, si l'on prend ce risque on peut-être pris sous une volée de pierres. Le Massaï est seul jusqu'à la mort. Les ressources naturelles sont: le sel, l'or, la chaux, l'étain, le phosphate, le fer, le charbon, le Diamant. Zanzibar vit de sa plus grosse production mondiale de clous de girofle.

Mais l'exploitation principale semble bien être le Kilimandjaro, par son exploitation pardon, je dirais par l'utisation de l'intérêt que présente l'ascension d'un 6000m d'altitude sans faire véritablement de l'alpinisme, tout est moyen de faire de l'argent avec les capitalistes que nous emblont être à leurs yeux.

La Tanzanie est née en avril 1964 de la fusion du Tanganyika (indépendant le 9 décembre 1961, le jour de mes 13 ans) et de Zanzibar (indépendant loe 10 décembre 1963, le lendemain de mes 15 ans).

La monnaie de ce pays est le Shilling Tanzanien, qui n'a pas grande valeur, même par rapport à notre franc, mais ce que veulent les habitants ce sont des dollards US.

Le cours de géographie étant fini, voyons le Kilimandjaro.

Pour faire l'ascension du Kilimandjaro, il faut des autorisations gouvernementales en particulier si l'on veut utiliser un fauteuil roulant (car n'oublions pas, que le but est de le faire en fauteuil roulant) et qu'en plus, cela ne c'est jamais fait. C'est donc une succession de couriers entre la Tanzanie et Gérard Brun qui, au départ, s'occupe de toute la partie administrative mais avec un goût de trop grande perfection. Il n'avait certainement pas tort, mais, en fait, cette perfection finissait par se retourner contre nous; beaucoup de problèmes surgissaient au fur et à mesure de la constitution de notre dossier. En fait, il n'y avait que ce projet d'amener des fauteuils roulants usagés mais remis en état par Midi-Oxygène qui faisait avancer  les autorisations. Dans le cadre de la préparation, ce que je ne comprenais pas, c'est cette insistance du concepteur de l'idée, de me voir faire des expériences debout avec mes cannes anglaises. Puisque dans le cadre de cet entraînement, j'ai monté le col de Croisette au dessus de Roya dans le massif du Mercantour, et aussi la Saint-Victoire au dessus d'Aix en Provence (mis en valeur par Giono), je m'entraînais aussi chaque jour en montant la colline Sainte-Brigitte qui domine le village de Vidauban et cela 2 ou 3 fois par jour.

Après bien des péripéties et des changements dans l'équipe qui allait venir avec moi, nous décidâmes de nous lancer début février 1986 plutôt que de remettre l'opération à l'année suivante, ce qui eut pour conséquence le départ de Gérard Brun et de ses amis de notre projet commun. Le résultat c'était une reprise complète du dossier par Gilbert Guerriero au niveau administratif; ce qu'il fit très bien puisqu'il réussit à avoir les différentes autorisations tanzaniennes, suite à de nombreux coups de téléphone.

Le départ de France était prévu le 7 février de l'aéroport de Nice direction Arusha (Kilimandjaro Airport) en passant par Bruxelles, puisque la société qui nous avit paru la plus sûre était la Sabena. Mon propos n'est pas de critiquer Gérard Brun, sous prétexte qu'il nous laissait tomber à 2 semaines du départ, celui-ci nous avait bien préparé le terrain, et je le félicite de sa parfaite connaissance des problèmes administratifs avec les africains; il ne voulait surtout pas de l'éternel système D français, mais plutôt que tout soit défini et prévu; hors, je suis pour le fameux système D à l'étranger, car autrement plus rien n'est possible. Nous pensions, mes amis et moi-même que c'était à travers la discussion sur place que jaillirait la solution des derniers problèmes non réglés au départ.

J'allais donc partir sur les trace du premier homme à avoir franci les pentes du Kilimandjaro en octobre 1895, Ludwig Purtscheller, et j'allais être moi, René Comas, prêt à les franchir avec un fauteuil roulant et des cannes car de plus en plus, le fauteuil disparaissait des conversations quand l'on parlait de l'ascension en elle-même, mais, je serais le premier handicapé au monde à franchir ces pentes.

PREPARATIFS

Nous sommes donc partis le 7 février à 14h de Vidauban (charmant village varois dans lequel j'habitait depuis 1982, après les derniers préparatifs sur place , notamment mettre nos affaires dans des sacs de marins identiques avec nos noms imprimés.

A l'aéroprot de Nice, nous retrouvions le fourgon avec les fauteuils roulants que nous allions offrir à certains handicapés de la région de Moshi et de Marangu en Tanzanie. 17 heures, nous décollons en direction de Bruxelles pour prendre l'avion qui nous emmènera en Afrique, escale à Nairobi (Kénya) et à Kigali (Rwanda - pays de Bokassa 1er). Après avoir survolé le lac Victoria nous longeons la chaîne montagneuse du Kilimandjaro avant d'atterrir sur le sol tanzanien. Ce qui nous a frappé à l'aéroport pendant les opérations de douane, c'est qu'avec quelques dollars, nous arrivions à nous débrouiller parfaitement, Gérard Gavelais était d'ailleurs chargé des discussions.

Nous prenions la route vers Marangu, dans des véhicules envoyés par les responsables gouvernementaux de Moshi. 78km d'un réseau routier banal, en passant par Moshi et Himo, pour rejoindre Marangu; nous contournons les contreforts de la montagne Kilimandjaro, majestueuse elle écrase cette partie du paysage tanzanien par son imposant pourtour, s'étalant jusqu'au Kénya. C'est assez imposant de rouler à gauche de la chaussée à plus de 90km/heure, mais au passage nous avions le temps d'apercevoir des zébus (les vaches locales), d'immenses baobabs; nos yeux ne sont pas assez grands pour regarder toutes ces splendeurs des vastes plaines des pays africains. Les hommes se reposent à l'ombre tandis que les femmes travaillent à défricher la terre avec les enfants de sexe féminin bien entendu. J'ai l'impression d'être entré dans le moyen-âge alors que nous sommes aux portes du XXIème siècle.

Marangu (cela veut dire, où il y a beaucoup d'eau) est situé à 1500m d'altitude, c'est le point de départ de toutes les ascensions du géant africain appelé aussi le Toit de l'Afrique. L'hôtel Kibo, sorte de 4 étoiles pour ce pays sera le point de départ le lendemain à 8 heures pour la plus dure de mes aventures. La veille au soir nous faisons une petite réunion avec la dernière attribution des rôles pour chacun.

Dominique Auzende (gendarme de montagne à Embrun ) sera le patron dans l'ascension, il prendra toutes décisions qu'il faudra prendre.

Jean Luc Vieilleville (gendarme à Draguignan aussi mais motorisé) sera son principal adjoint, en cas de défaillance, il deviendra le patron.

Lambert Narach (gendarme en retraite à Corneilla de la Rivière et président de mon Comité de Soutien) sera chargé de ne pas me quitter d'un pas, mon protecteur en quelque sorte.

Gilbert Guerriero (directeur commercial à Midi Oxygène à Marseille) devra filmer au maximum, ainsi que prendre des photos avec Doumé et Jean-Luc.

Gérard Gravelais (cuisinier au CAT de La Gauthière à Aubagne) sera le cuistot de l'équipe, métier oblige, il devra en particulier m'éviter la déshydratation qui pourrait bien arriver, car il fait très chaud.

Quant à moi, je ne dois plus m'occuper que d'une seule chose, escalader les pentes du Kilimandjaro et, réclamer dès que j'aurai besoin de quoi que ce soit.

Nous savions que nous aurions un guide (le meilleur), deux assistants guides, deux porteurs ou plus si cela était nécessaire. Monsieur Labrosse le patron de l'hôtel me laissait déjà entendre que mon fauteuil roulant ne me servirait que très peu, mais le peu, c'était déjà pas mal. Chaque porteur ne doit pas soulever plus de 25kgs, alors nous décidâmes que le lendemain nous en prendrions 3 ou 4 de plus, car nous avions énormément de choses à porter avec nous. La caméra, les piles, les chargeurs de piles, deux paires de cannes, mes orthèses, chacun notre sac avec à l'intérieur une veste de haute montagne (la température variant de 20° en quelques minutes), nos chaussures de montagne, nos lunettes à ultraviolets, nos pommades et toute la pharmacie; nous étions équipés comme des alpinistes.

1er JOUR 

Nous sommes le 9 février 1986, il est 8 heures du matin et la température extérieure est déjà de 35°, l'aventure a démarré très tôt car il ne faut pas dormir en chemin, il nous faut rejoindre l'entrée du Parc National qu'est le Kilimandjaro qui se situe à 5kms de là. La route est goudronnée et belle, mais elle monte très durement à 15-16%, pour l'instant nous nous amusons de l'étonnement des enfants quand ils voient le drôle d'engin qu'est mon fauteuil roulant (ils n'en ont jamais vu un à cet endroit et peut-être même jamais), celui-ci est équipé avec des roues de Mountain-Bike (VTT), nous côtoyons d'ailleurs la population qui monte à l'église, située à 1km de l'entrée du parc.

Nous arrivons à 10heures30 vers les bâtiments administratifs, où nous allons devoir régler les droits d'entrée, et palabrer encore un peu. Le guide Laurence me signale que je peux mettre mes orthèses maintenant car je ne pourrais pas me servir du fauteuil à aucun moment, cela il en est sûr; quel coup dur! Surtout après l'erreur d'être monté avec le fauteuil jusqu'à l'entrée du parc. Erreur car nous sommes fatigués par la chaleur (45°), nous aurions pu venir avec un taxi, mais nous pensions que ce serait un échauffement, imaginez-vous l'échauffement! Monter de 1500m à 1850m en l'espace de 5kms avec une température qui allait en croissant, cela m'a rappelé ma 1ère ascension du Mont Faron à Toulon.

Il est 11 heures quand nous démarrons dans la forêt; c'est assez agréable car l'on voit que l'homme a voulu commencer des travaux, une espèce de route. Puis nous arrivons sur des sentiers ravinés d'une largeur de 30cm, quand l'on sait que j'ai besoin d'un mêtre pour marcher sans problème, j'étais en biais la pluspart du temps, ou à plat ventre quand je ne chutais pas. Bien sûr, il y avait cette impression de liberté sans contrainte, qui nous habitait, ce qui nous faisait oublier les difficultés; nous étions comme des enfants lâchés dans la nature, une nature de rêve avec des arbres peuplés de singes, nous nous prenions pour Tarzan dans sa jungle (drôle de Tarzan avec mes cannes). Plus le temps passait dans cette journée, plus la fatigue nous prenait; les chants étaient moins forts, la lassitude nous envahissait, je commençais à maudire celui qui un jour de 1982 avait eu l'idée qu'un fauteuil roulant passerait dans de tels sentiers, où mêmes nos vaches françaises ne mettraient pas leurs pattes.

Cette étape fut longue de 12 heures, bien entendu j'ai marché tout le temps, et, mon fauteuil me servait à m'asseoir de temps à autre dans mes périodes de repos. Le plus heureux était le porteur qui avit mon bolide sur la tête. Mon nez, c'est un mont, c'est un pic, je déraille, oui mon nez avait éclaté à cause de l'intensité des rayons du soleil, nous avions tous dans cette 1ère journée pris des couleurs, de celles qui vous brûlent la peau. Ce qui m'a étonné c'est l'absence de faune dans le parc, c'est vraiment d'un intérêts médiocre, mis à part les singes, les damans (sorte de mammifère de la taille d'un lapin) ou les oiseaux de forêt, rien d'autre en vue.

Le bur de cette journée s'appelle Mandara Hutt à 2750m d'altitude, nous y arrivons à 8heures du soir, dans un état de fatigue indescriptible, nous nous retrouvons au milieu de huttes construites par des norvégiens, contrairement à ce que l'on m'a dit, l'intérieur des huttes est propre et très pratique; comme quoi, il vaut mieux vérifier ses dires avant d'en certifier l'exactitude. Ce petit village de huttes est construit autour d'un bâtiment central servant de salle à manger et de pointy de rencontre, ce soir là, nous avions préféré dormir, tellement nous étions épuisés et fourbus de fatigue. Mes rêves étaient hantés de chemins inaccessibles et de fauteuils roulant sur la tête de chaque porteur; des porteurs ayant le visage de celui qui avait eu l'idée d'une telle aventure, je ne lui en veux pas, c'est certain car j'ai vécu une aventure fabuleuse, même si elle devait s'arrêter entre Mandara et Hormbo, c'est à dire, le but de la deuxième étape.

2ème JOUR

A 7 heures du matin, Laurence notre guide qui fait partie intégrante de notre équipe, nous réveille. Il a compris le temps qu'il me faudrait pour arriver à l'étape suivante. "No While-Chair" me dit-il en préambule, ce qui en termes plus compréhensibles veut dire, pas de fauteuil roulant, je m'y attendais et ne fus pas surpris de cette parole. Nous repartons en forêt, une forêt vierge plutôt avec des lianes qui pendent aux arbres; bien entendu nous essayons de nous y pendre en poussant les cris de Tarzan; en effet c'est très costaud et cela supporte bien le poids d'un homme, mais ne prenions pas le chemin des lianes. Le sol était jonché de racines énormes, j'ai l'impression de monter des escaliers inégaux, c'est dur à monter de faace, je suis donc souvent en travers, à quatre pattes, le corps décollé du sol à la force de mes bras, parfois c'est la chute, mais Lambert est là qui m'empêche de me faire mal. La végétation est composée de figuiers monumentaux; les lianes qui pendent des arbres ainsi qu'une drôle de mousse mélangée à des liches pourraient nous donner la frousse si nous n'étions pas en début de matinée.

Je suis dans une forme excellente, il est vrai que j'ai bien dormi même si j'ai été réveillé par des rêves bizarres absolument pas cauchemardesques. Le soleil est déjà très haut dans le ciel et nous arrose de ses rayons brûlants à travers la végétation qui commence à s'éclaircir en arrivant à 3000m d'altitude. Le sentir serpente maintenant parmi les hautes herbes de la steppe, plutôt la savane composée de lobélies (plates des régions exotiques), des séneçons (plantes atteignant la hauteur des arbres), ces plantes paraissent d'un autre âge et dressent leurs étonnantes silhouettes sur l'herbe qui devient de plus en plus rase avec l'altitude.

Par moments nous apercevons le sommet nous apercevons le sommet appelé Mont Kibo; bien que nous nous approchions du sommet, nous ne le voyons que rarement. Notre esprit est atteint car c'est dur de voir cette montagne qui fuit devant nospas, surtout pour moi qui aurais dû la voir fuir devant mes tours de roues. Une légende que j'ai lue concernant le Kilimandjaro me revient à l'esprit "le Kilimandjaro est inaccessible, il recule à mesur que l'on progrsse à la rencontre de son sommet". Les chagga habitants de Tanzanie appellent cette montagne le "Kilemieiroya" (la montagne invaincue) et si pour moi elle le devenait vraiment ? Car cette montagne est en train de prendre le peu de force qui me reste. Quand je pense que Kilimandjaro en swahili veut dire petite colline; cela n'y ressemble pas du tout à une colline !

Et si la légende disait vrai ? Peut-être que le Mont Kibo recule afin qu'un type avec des cannes ne puisse le vaincre, car le Toit de l'Afrique est un symbole national, peut-être ce symbole prendrait-il un coup dans l'aile si René Comas arrivait à le vaincre. Je déraille une fois de plus, le soleil doit  me taper sur la tête, il est dur de garder sa concentration quand de telles choses vous passent par la tête.

Cela ne fait rien, il faut continuer à avancer, il faut penser trés fort à mon épouse et mes filles ainsi qu'à tous ceux que j'ai laissé en France.

Une partie de l'équipe est partie en avant car nous commençons à apercevoir les derniers contreforts de cette étape qui finit par de l'alpinisme pour un gars avec des cannes; le sentier final est abrupt; sur mon visage se lit l'immensité de la fatigue et de la lassitude qui m'envahie, j'en ai vraiment marre de cette connerie, mais dans une demi-heure, je serai heureux d'avoir franchi un nouveau sommet dans ma lutte vers l'impossible, comme dit souvent Lambert Narach "impossible n'est pas Comas". A la sortie d'un virage, surgit brusquement Horombo Hutt, et une véritable ovation m'est faite par toutes les personnes qui montent aussi cette montagne qui ressemble de plus en plus à un monstre pour l'homme que je suis.

C'est un réel plaisir que cette arrivée à Horombo, le paysage est splendide, nous avons une vue merveilleuse sur un petit cratère collé au flanc du Mont Mawenzi. Aujourd'hui nous nous couchons un peu plus tard que la veille car nous voulons profiter pleinement du spectacle gigantesque d'un coucher de soleil au-dessus de l'Afrique.

C'est  le rêve dans un monde de souffrance, la mienne et celle de tous les habitants du continent que je domine de toute ma volonté d'homme libre, et heureux de l'être. Comme j'aurai aimé voir ma femme et mes filles àç mes côtés pour admirer toutes ces beautés!...

3ème JOUR

"Vivre est la chose la plus rare qui soit; la plupart des gens se contentent d'exister" a dit Oscar Wilde.

Moi, Monsieur Wilde, je vis; et exister ne me suffit pas, je veux laisser une trace de mon passage sur cette terre.

C'est pourquoi ce matin, je vais empêcher le Kilimandjaro de fuir devant moi, je vais le vaincre et lui montrer que je suis le plus fort, je vaincrai une montagne. Il est vrai que cette impression de recul de la montagne est due au fait que l'approche du sommet se fait en contournant le Mont Kibo que nous attaquerons véritablementdans la nuit suivante après un repos.

"Quelque chose comme un paysage d'après le mort, dans un quartier de limbes: c'est ce qu'a écrit Mgr Le Roy au début du siècle à propos du brouillard qui devait nous envelopper jusqu'à l'altitude 4000m. Pour nous, aucun brouillard, ni brume; mais il vrai qu'avant d'arriver sur le plateau de la Selle, nous ressentons une étrange sensation, il n'y a que pierres et branchages plantés dans la terre volcanique, cela nous donne l'impression d''un paysage brûlé par un incendie, brûlé par le soleil et le vent qui souffle.

Une longue approche faite de caillasses, de sentiers ravinés, un peu l'addition de toutes les difficultés rencontrées jusqu'à maintenant, c'est ce que nous devons faire avant d'arriver sur le plateau de la Selle où je pourrais enfin utiliser mon fauteuil roulant d'après les guides et les porteurs. Nous apercevons enfin le plateau, mais le comble c'est qu'il nous faut redescendre de 200m pour parvenir sur ce plateau que j'attends comme un messie. Dans cette descente, il m'est pratiquement impossible de prendre mon fauteuil, et je comprends enfin que je ne l'utiliserai jamais, car le sol ressemble à une plage, à la place du sable ce sont des déchets de lave qui s'enfoncent sous nos pieds ainsi que sous mes cannes.

Enfin nous voyons le Kibo se dresser soudain devant nous, large et puissant dans toute sa grandeur. D'ici nous voyons les lacets de l'ascension finale, par moment nous apercevons le point blanc de Kibo, mais nous avons encore une longue marche à faire sur cette terre particulière en tout point puisque parsemée de cailloux, dont on peut se demander la provenance. Le vent souffle par rafales et nous glace les os; c'est la première fois depuis que nous sommes dans cette ascension que je m'habille, deux pulls et un coupe-vent, c'est énorme quand l'on connaît et que l'on sait comme je ne crains pas le froid. Sur notre droite il y a le MOnt Mawenzi que nous avons contourné tout le temps et sur notre gauche le Mont Kibo, majestueux, impréial qui essaie de nous écraser de sa puissance. La marche est longue et fastidieuse, Gérard, Doumé et Gilbert ressentent les premiers signes du mal de l'altitude, car nous marchons beaucoup trop vite, je marque une pause afin de permettre à mes amis de revenir sur moi, est-ce de l'euphorie, car je me sens dans une forme extraordinaire. C'est bien la première fois que je ne regrette plus le fauteuil et que je ne maudis plus celui qui m'a envoyé dans cette galère et m'y a bien laissé. Il avait peur que Gérard et Gilbert ne ralentissent notre progression à cause de leur condition physique; mais ils se comportent de bonne manière et je suis fier d'avoir accepté leur présence à mes côtés. Sur ce plateau c'est une solitude qui nous habite, nous ne nous parlons pratiquement plus, en trois jours nous sommes passés de la civilisation au près du ciel et de l'infini. La solitude ça n'existe pas a dit la chanteuse, on voit bien qu'elle n'est pas venue sur le plus haut plateau du monde avant de la chanter cette solitude! Enfin se dresse Kibo Hutt devant nos yeux émerveillés, il fait très froid à 17 heures, à peu près 5°, et de quart d'heure en quart d'heure la température baisse de plus en plus. Maintenant, je ressens une grande fatigue m'envahir. J'aimerais bien que cette stupidité finisse là; redescendre, retrouver ma famille dans la douceur de ma maison...

A 19 heures, tout le monde devra être couché, il faudra essayer de dormir jusqu'à 21 heures 30, car au plus tard à 22 heures 30 il faudra partir, c'est ce qu'a décidé Laurence; chacun doit préparer ses affaires au minimum de poids, car il ne faut pas competr sur les porteurs, ils resteront à Kibo Hutt, nous n'aurons donc que Laurence et ses deux assistants guides pour le ruch final. Tout le monde s'affaire autour de moi, je dois être le premier couché, car Laurence nous a bien avertis, ce que nous avons vécu pour l'instant n'est rien à côté de ce qui nous attend, il surveille même la rapidité des soins qui me sont faits, car j'ai un problème à la tête du péronné, mes chassures de montagne ne sont pas tout à fait adaptées à mes orthèses, ce qui provoque un frottement et risque de provoquer un escart; de plus en plus j'ai mal au niveau des deux coudes, comme une tendinite. Imaginez-vous la scène, Doumé qui me soigne la jambe, Gilbert sur un bras, Jean-Luc sur l'autre, Lambert qui me déshabille et Gérard qui me donne à manger comme à un enfant, sans aublier Laurence qui fait chaffer la bouffe sous les ordres de Gérard; bien entendu ples calembours fusent de toutes parts, dans ma situation il y en a de beaux à faire. Bien bordé, bien nourri et bien soigné, je ne tarde pas à m'endormir, alors que tout le monde s'affaire avant de se coucher dans la seule et unique hutte existante à 4750m d'altitude.

Je rêve de Mont Blanc et je me voie à sa hauteur au pied du Mont Kibo, hissant le fanion de la Fédération Française Handisport qui m'a soutenu auprès du Ministère de la Jeunesse et des Sports afin de boucler le budget de ma folie.

L'ascension du Mont KIbo et l'amorce du 4ème JOUR

Après deux heures de sommeil, Laurence vient nous réveiller, il est 21 heures 30, nous sommes toujours le 11 février 1986, pendant que je me prépare, Gilbert sort les lampes frontales et de poche, il n'y en a plus qu'une en bon état car toutes les ampoules ont éclaté. Il n'y a pas que ça, même certains médicaments ont éclaté aussi, l'altitude a fait son effet sur le matériel, à quelle sauce les hommes vont-ils être bouffés ????

Il est décidé que j'aurai la seule lampe encore utilisable; quant autres, ils suivront les guides ou assistants guides qui ont leur bonne vieille lampe à pétrole.

Des frissons nous parcourent le corps quand nous sortons de la hutte, il fait moins15° et il paraît que la température va encore baisser plus l'on montera en altitude.

Que va-t-il se passer ? Sommes-nous assez protégés contre le froid et le vent glacial qui s'infiltre sous nos vêtements ? C'est un assistant qui prend la tête, nous marchons à petits pas, un pied devant l'autre avec une délicatesse qui pourrait faire sourire, l'impression de marcher sur des oeufs. Je me rappelle l'image des premiers hommes ayant marché sur le sol lunaire en 1969, c'est cette façon que nous utilisons pour avancer. Quant à moi, je balance mes deux cannes en avant et à la seul force de mes bras je hisse mon corps alourdi par la multitude de vêtements que je porte; chaque effort est une concommation d'oxygène supplémentaire, pour moi c'est doublé par rapport aux autres mais je me sens bien. La lampe qui mùe précède dans la nuit noir éclaire la lave séchée qui ressemble à de la neige; tout est faussé pour l'instant. 5200m annonce Gilbert.

A cette hauteur, je ne peux plus marcher, je m'assoie sur le sol et, dos à la montagne, aprés avoir enfilé un pantalon spécialement fabriqué pour la circonstance, je commence à me traîner sur les fesses, l'effort est triplé, quadruplé; l'oxygène me manque beaucoup plus qu'à tout le monde; en outre, il n'y a plus les deux assistants guident qui ont craqué. Après un repos forcé dans une caverne tout en largeur, où nous en profitons pour nous alimenter, nous repartons moi sur mes fesses et mes amis sur leurs deux jambes.

Le jour va naître et mes forces m'abandonnet petit à petit, j'ai froid, je tremble de tout mon corps par moment il doit bien faire moins 20° et peut-être moins encore. Le sol se dérobe sous mes mains qui me tractent vers le sommet, une solution est enfin trouvée, Jean Luc & Doumé qui avaient emmené un piolet chacun me les donnent et, c'est en plantant les piolets l'un après l'autre que je progresse, je crie, je jure, je m'énerve, je peste de nouveau contre celui qui voyait mon fauteuil à cet endroit, je le maudis, je le hais, c'est certainement les seules motivations que je trouyve pour continuer cette mascarade.

La pente s'accentue, 45° à peu près, le sol est de plus en plus instable, Laurence devant moi cherche les passages les plus pratiques pour ce corps que je traîne comme un poids mort. Je ne peux même pas profiter de la beauté du soleil qui se lève sur le continent africain, car ma volonté me quitte lentement, surtout lorsque je regarde la raideur de la pente dans mon dos; des larmes envahissent mon visage désagrégé par la fatigue, les tremblements sont de plus en plus importants, je n'arrive plus à les contrôler, Gérard et Lambert se blotissentcontre moi pour me donner de la chaleur. Et je repars; parfois dans de petites crises de nerfs, je tire droit sur la pente au lieu de la prendre en zig-zag comme me le conseillent tous mes amis. Je souffre, j'ai froid, je tremble de tout mon être, je n'ai plus la force, plus de volonté, d'envie de vivre. La montagne va-telle me vaincre, le mal de l'altitude m'envahit, je ne l'avis jamais ressenti depuis le début, mais il est là, il va me détruire doucement.

Ce jour là, le froid ne descendait pas du ciel mais montait du sol et me prenait mon moi; je n'étais plus rien et je progressais encore centimètre par centimètre comme si une force inconnue me poussait vers mon destin, destin qui pourrait bien être la mort. Mort d'avoir voulu vivre comme un être humain qu je n'étais plus à ce moment précis, mort qui envahissait ma volonté inextante, je n'étais plus rien mais il fallait avancer encore et encore. "Il ne reste plus que 200m" dit Gilbert à Gérard qui une fois de plus essayait de me réchauffer et de calmer mes tremblements. Cela me redonne un peu de courage mais pas trés longtemps et l'oxygène est consommé trop rapidement, nouvel arrêt.

"C'est fini, il faut arrêter, il joue avec sa vie" disent en coeur Jean Luc et Doumé. "Non, je repars, je dois y arriver". Nouvel excés de nervosité et la progression se fait à nouveau, nouvel arrêt, je n'en fini plus de m'arrêter, mes amis savent que je ne veux en aucun cas être aidé et respecte ce choix. Un mètre plus haut, effectué en 20minutes, je m'allonge de nouveau mais pour le compte, car l'arbitre a décrété le KO; ce n'est pas vrai mais je déraille.

"C'est fini, tu n'as rien à dire, tu as vaincu le Kilimandjaro à ta manière, c'est un grand exploit que d'être arrivé ici. Ta femme ne nous pardonnerait pas si l'on te ramenait esquinté pour le restant de tes jours" paroles ditent ensemble par mes 5 amis que je privais de voir le plus haut point de l'Afrique. Car aucun n'eut, ce jour-là, envie de voir le sommet du Mont Kibo, appelé Guillamn'Point qui était à mois de 100m de nous. Nous prenons les photos sur le point de notre arrêt, personne n'a le sourire, des larmes doivent couver sur les yeux alourdis de fatigue de mes amis, sur les miens elles coulent à grandes eaux car je ne peux retenir tout ce que jhe ressens à ce moment précis, j'avais tant révé de gloire tout au long de cette longue marche faite de souffrance, qu'au fond de moi je me disais jamais plus, plus jamais, ou bien comme disent les anglais "never again". Oui plus jamais je ne pourrais m'imposer de tels efforts qui ne servent à rien si ce n'est qu'à me rendre plus aigri envers une société qui n'acceptera jamais de leçon de la part d'un handicapé physique.

4ème JOUR

Il était 8 heures du matin quand nous commençâmes à redescendre sur Kibo Hutt; il fallait faire vite afin d'éviter que j'ai des ennuis de santé, car je continuais à trembler en permanence, je n'arrivais pas à me contrôler, je m'étais fait une raison pour l'abandon à 100-150m du sommet de la montagne la plus haute d'Afrique, plus haut encore que les sommets européens, j'étais quand le handicapé le plus haut du monde par ses propres moyens physiques et intellectuels. Il faut trouver des satisfactions où elles peuvent bien se trouver, peut-être que l'on en parlera dans les chaumières de mon pays de France.

Pour descendre à tour de rôle, Doumé, Jean Luc et le guide Laurence me prirent sur leur dos afin de rallier le plus vite possible un point où un brancard pourrait me prendre en charge. La descente est prévue de la façon suivante, le 4ème jour nous devons dormir à Horombo Hutt et le lendemain nous serons de retour à l'hôtel Kibo. Après un repas pris en hâte à Kibo Hutt nous reprenons le chemin, installé sur le brancard je me laisse faire tellement je manque de force, l'épuisement total. Je suis harnaché sur ce drôle de véhicule tracté par deux porteurs à une vitesse phénoménale, sous la haute surveillance de Lambert et de Laurence qui ne me lâchent pas d'un pas, je devrais dire d'une foulée. C'est une sacré performance que réalise là Lambert car les gars courent au moins à 15 kms dans l'heure, loin devant le reste de l'équipe où Gérard et Gilbert souffrent des peids.

Le brancard est un objet construit comme ceux que l'on connaît dans notre pays, mais avec une roue centrale montée sur amortisseurs, il est judicieux de la part de Doumé de m'avoir attaché, car je suis secoué dans tous les sens, et parfois j'ai une sacré frousse , Lambert aussi mais il faut savoir que plus l'on descend vite plus je retrouve de l'oxygène de manière normale. Cette rapide descente à Horombo Hutt me permet donc de retrouver petit à petit ma lucidité et de réfléchir aux conséquences de ce semi échec, car je crois à ce moment encore que cela est un échec.

Vers 17 heures nous arrivons à Horombo, où nous attendent tous les gens qui nous ont cotoyé dans cette aventure; bien que ne faisant pas partie du groupe, ils vibraient avec nous de cet exploit que j'étais en train d'accomplir, drôle d'exploit finissant sur un brancard mais sain et sauf, n'était-ce pas là le plus important comme a su si bien le dire mon frère Serge à mes compagnons d'infortune.

Nous nous retrouvons le soir dans la hutte centrale, et après une discussion qui ne peut aboutir, "est-ce l'échec ou pas ?" nous mageâmes tous ensemble au champagne acheté en Belgique, au Pastaga et même à l'Izarra verte; nous restons français malgré tout.

5ème JOUR

Ce matin le soleil brille sur Horombo, nous allons repartir à Marangu j'ai même remis mes appareils. L'équipe veut que l'on continue à me descendre en brancard jusqu'à l'entrée du parc, car je ne pourrais pas aller plus loin, j'en ai assez fait disent-ils. Mais les conversations vont bon train car les porteurs veulent un suupplément sur la somme qu'ils reçoivent, et les gars ne veulent pas céder. Suffisamment énervé par tout ce que j'ai vécu ces derniers jours, je décide de partir à pied; bien m'en prit car Laurence, réalisant le danger de la situation pour lui, décide de me rattraper et de me descendre à Marangu Gate c'est ainsi que l'on appel l'entrée du parc.

Si la veille je n'avais pas réalisé les difficultés que j'avais rencontrées dans la monté, je le fais maintenant d'autant plus que mon esprit est redevenu clair et que le mental est de nouveau là. Comment ai-je pu passer dans ces innombrables racines, et ces ponts de planches au-dessus des ruisseaux ? Et ces murs, comment les ai-je montés ? Arrivés à Mandara Hutt, nous prenons un peu de repos et attendons le reste de l'équipe devant une bonne bière, car la bière est bonne dans ce pays. Nous grignotons et reprenons les sentiers de descente pour Marangu Gate, les porteurs sentant la fin de leur travail, cela devient pour moi sur mon brancard une véritable descente aux enfers, Lambert passe son temps à rappeler à l'ordre les gars qui accélèrent  de plus belle; derrière, cela devient un calvaire pour Gérard qui souffre des pieds, Gilbert va mieux; quant à Jean Luc et Doumé, ils font de l'excursion. Les cow-boys, comme nous les appelons en toute amitié, font du "clic clac merci kodak" à tour d'appareil photo. Nous nous retrouvons à l'entrée du parc sur le coup de 16 heures 30, nous recevoins un diplôme attestant que nous sommes arrivés à Gillma'Point car pour les autorités du parc nous y sommes arrivés après les explications de notre guide Laurence.

Ce n'est pas tout, il va falloir maintenant atteindre Kibo hotel où nous attendent les douches, les lits et un bon repas; mais il faut mùarcher encore 5 kms, j'alterne tantôt à pied, tantôt en fauteuil roulant, je retrouve l'utilité de mon bolide qui aura pris un bol d'air, posé sur la tête d'un porteur enchanté de ce voyage, peut-être est-ce une vengeance de la matière sur l'homme ?

La descente vers ce havre de paix qu'est l'hôtel se fait sans problème pour personne, sauf Gérard qui marche pieds nus tellement il a les voûtes plantaires en feu; il utilise deux bâtons pour marcher. Sauf le respect que je lui dois, je ne peux lui prêter mon fauteuil roulant car son arrière train est bien trop large pour s'asseoir dessus.

Nous arrivons enfin à Marangu, le paradis terrestre; une demi-heure plus tard, nous sommes tous plongés dans des baignoires, à nous délasser; c'est la pause, nous plaisantons un maximum car nous en avons besoin, je sorsbien vite de cette douceur que représente cette eau, car le sommeil va me prendre, je me rhabille et vais rejoindre l'équipe en grande conversation avec les guides et porteurs qui nous réclament toujours un supplément pour mon transport, le plus géné dans l'affaire, c'est Laurence qui lui n'a pas eu à se plaindre de nos largesses. Nous leur distribuons tout notre linge usagé, ainsi que tee-shirts, bobs, auto-collants et autres objets que nous avions emportés avec nous; les sacs étaient plein à l'aller, il me semblait que nous serions lourds au retour, sans parler des fauteuils roulants que nous remettrons demain en présence d'un représentant du gouvernement tanzanien.

Ce soir-là, nous avons mangé tôt, et ensuite nous avons fini notre soirée devant une bonne bière.

Je m'endormis plein de bons rêves, un immense lézard collé sur le mur de la chambre, n'allais-je pas faire plaisir à 10 handicapés de ce pays pauvre qui ressemble à un paradis terrestre, pas de gloire, mais au moins la sensation quue ce voyage aura servi à quelque chose.

La misère africaine ou l'injustice

C'est avec joie que nous nous retrouvons tous les six le lendemain matin devant de fabuleuses assiettes de fruits; des magues, des papyes, des petites bananes délicieuses, d'immenses avocats (je n'aimais pas trop ce fruit, mais en Tanzanie, ils sont supers), le thé, la confiture, du pain que nous mangeons en abondance devant les yeux étonnés de nos serveurs au style trés britannique; l'un d'eux me gâte particulièrement : son enfant a été invité à recevoir un fauteuil roulant dans l'après midi, celui-ci a 9 ans et il est paraplégique.

Nous passons notre matinée a visiter Marangu, les commerces où l'artisanat est roi; nous redécouvrons ce que travailler à la main sans l'aide de machines sophistiquées veut dire; cela fait du bien de voir plus bas que soi, car notre esprit ne sera plus jamais le même.

Il fau voir la détresse que l'on lit sur le visage des enfants ou des hommes, pour mieux comprendre ce que veut dire le mot misère; c'est une véritable catastrophe que de constater que des années de colonisation n'ont rien apporté à ce pays. En effet le colonisateur a certainement profité sans rien apporter aux habitants de ces pays afflaiblis par l'ignorance dans laquelle on les a tenus, et où une poignée d'hommes essaie de les tenir. Il y a 35% d'analphabètes dans ce pays. Actuellement (en 1986) 70% des africains se situent au seuil de la misère. A la vitesse où ça va, dans 50 ans l'Afrique sera un continent mort, un genre d'atlantide non noyé par les eaux, et peut-être même avant si on ne les aide pas à comprendre que les guerres de tribus sont terminées et dépassées.

Encore que, même dans les pays dits civilisés, il y ait encore des guerres de ce genre. Après un bon repas, le gouvernement nous envoie des véhicules pour la réception de remise des fauteuils roulants, deux ou trois handicapés nous attendent une fille qui a les jambes dans un état inexplicable, croisées en permanence et le petit garçon du serveur de l'hôtel dont les genoux ont triplé de volume : un spectacle que j'ai cotoyé mais qui me fait mal au coeur. J'ai deux enfants, alors vous pensez un petit de 9 ans! Enfin arrive le représentant du gouvernement, on reconnaît ces gens en Afrique à leur grosseur, on voit qu'eux ne crèvent pas de faim.

Beaucoup de discours se succèdent, tout est rose pour l'instant, je me permet même un discours en anglais avec un peu de poésie incluse car je suis sincère, et c'est vrai qu'il pleut dans mon coeur devant l'état des jambes de ces jeunes. Je tiens à préciser que j'ai eu beaucoup de chance de naître et d'habiter en France et d'être privilégié par les soins que j'ai reçus à l'hôpital Raymond Poincaré à Garches.

Puis c'est la remise des fauteuils. Nous faisons asseoir la jeune fille dans un fauteuil et l'aidons à rouler; la joie se lit sur son visage. Quand c'est au tour du petit, des larmes de joie montent dans ma gorge qui se serre, cet enfant ne réalise pas qu'il va être indépendant; puis il sourit devant nos mines réjouies par son bonheur.

Tout d'un coup, le représentant du gouvernement récupère les fauteuils roulants et les faits emballer dans un véhicule, et je réalise toute l'horreur de la situation, car l'enfant pleure ainsi que son père qui subit une fois de plus l'injustice de son pays. Il aurait pu attendre que nous repartions et nous n'aurions jamais rien su de tout cela.

L'univers s'écroule autour de moi, j'avais rêvé tout haut, je faisais le bonheur de jeunes handicapés, et le rêve est brisé par les hauts fonstionnaires d'états. Décidément quel que soit le pays, un handicapé reste dans sa merde, s'il n'a pas d'argent, s'il n'a pas d'instruction, s'il n'a pas le pouvoir, enfin des amis au pouvoir. Car a-t-on jamais vu un handicapé diriger un pays, une région, un département et peut-être même une ville ? Cela doit être encore la sacro sainte peur d'être dominé par un soi-disant diminué.

Tout de suite, j'ai demandé à repartir à l'hôtel, mais Jean Luc me fit comprendre que je devais rester diplomate, et faire bonne figure malgré la rancoeur qui m'habitait; j'étais une sorte de représentant de notre pays, la France. Notre pays qui ignorait d'ailleurs que j'avais monté une telle opération avec l'aide de Midi-Oxygène, notre pays qui se foutait complétement de ce que nous devenions puisqu'à part nos familles, personne ne s'inquiétait de la réussite de cette aventure, car s'en était une.

Bien sûr que les fauteuils roulants seraient utilisés puisqu'ils étaient destinés à l'hôpital de Moshi, mais le gouverneur tanzanien a certainement d'autres moyens pour obtenir des aides que cette mascarade à laquelle j'ai assisté le 14 février 1986 et dont j'étais le principal acteur. Je me donne le rôle d'un pantin qui a été manipulé par des hommes diaboliques, et j'espère du fond de mon être que Gérard Brun ne savait pas à quelle sauce j'allait être mangé; il est vrai qu'il nous avait averti de cette façon d'agir des tanzaniens et des africains en général. Ce soir-là ce ne fut pas la joie, surtout pour moi qui ressentait une profonde révolte devant la misère voulue par une certaine catégorie d'hommes qui dirigent le pays.

Mais au fait est-ce si nouveau que cela, car j'ai parfois dû vivre la même situation dans mon pays qui se dit civilisé.

LE RETOUR

Pour retourner à l'aéroport Kilimandjaro Airport à Arusha, le gouvernement nous avait envoyé un véhicule où nous fûmes entassés comme des sardines; la première surprise c'est qu'il prit la route inverse en nous emmenant à l'entrée du parc Kilimandjaro, nous crumes bien rester coincés là-bas. Après de nouvelles palabres et discussions, nous apprîmes que l'on allait nous emmener à Moshi, ensuite ils allaient voir. A Moshi, nous fîmes trois le tour de la ville avant d'atterrir dans les bureaux du représentant du gouvernement rencontré la veille, Gérard et Doumé discutaient tandis que les autres restaient dans le véhicule pour qu'ils ne nous abandonnent pas ici sans nos bagages, ils en étaient capables puisque à la remise des fauteuils roulants, un de nos appareils photo nous avit été volé. Donc la méfiance nous habitait, et nous eûmes bien raison car ce que cherchais à faire le chauffeur c'était de se débarasser de nous tous. Belle mentalité.

Enfin, il nous trouva un taxi qui, pour une somme de 100 dollars, allait nous emmener à l'aéroport, enfin.

Si je pensais que nos bagages seraient moins pleins au retour qu'à l'aller, je m'étais trompé, car tout nous plaisait et nos dernières économies personnelles prirent vite la fuite dans les poches des commerçants de l'aéroport. Le voayage se passa sans autre problème particulier, tout d'abord Dar-es-Salam, puis Kigali avec un eescale de 1h30 et nouvelle montée en avion pour l'aéroport de Bruxelles par la Sabana puis en direction de Nice terme de notre voyage.

A l'aérroport toutes nos familles nous attendaient ainsi que FR3 Côte d'Azur et le photographe de Nice-Matin. Nous étions épuisé mais joyeux de revoir notre monde à nous, et notre entourage qui devant nos gueules brûlées par le soleil était admiratif; pourtant il n'y avait pas de quoi. Quelle joie de revoir mon épouse et Marie-Pierre, Chrystelle était absente mais je vis qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas sur le visage de ma femme. Elle était au bout du rouleau, car pendant que je faisais le guignol en Afrique, des petits malins lui avaient envoyé un colis piégé.

Bravo pour la jalousie....

Mais l'individu qui est capable d'une telle bassesse ne peut-être considéré comme un être humain; s'attaquer à une femme en l'absence de son mari c'est un acte ignoble. Cet événement m'a fait oublier en partie l'histoire des fauteuils roulants, car l'acte était moins vil que celui de ce que je ne peux appeler un homme. Le pire de cette affaire, c'est que la justice en la matière, il n'y en a pas, puisque rien ne peut aider ces messieurs dont le rôle est de nous défendre; enfin ils le disent, et j'en crois ce que j'en veux, car je reste persuadé qu'ils auraient trouvé le coupable s'ils en avaient eu envie!!!!! Je ne croyais pas en la justice de mon pays, même maintenant je doute de leur intégrité, cela n'engageant que moi!!!!!

Le soir de notre arrivée, nous avons mangé tous ensemble à Vidauban, dans le restaurant d'un ami 'L'étroit gros", Var-Matin  vint aux nouvelles et voulait faire sa UNE de notre aventure pour le lendemain.

L'important pour moi dans le journalisme, c'est qu'il doit aller au devant de l'information et non l'inverse, comme le pensent certains journalistes que j'ai eu la politesse d'appeler pour les informer des intentions de Var-Matin, un journal qui m'a toujours été fidéle.

REVUE DE PRESSE ET DECEPTIONS

A part Var-Matin, peu de choses ont été dites au sujet de notre aventure, qui allait être enterrée très vite, comme toutes les autres; du moment où l'argent n'est pas en jeu, cela n'intéresse personne. Le journal qui devait faire un super article m'a abandonné, en désaccord avec moi. Il n'a pas supporté la concurrence, mais avais-je signé un accord ou contrat avec eux, jamais, peut-être moral et encore. J'ai tellement de personnes qui se sont engagées moralement auprès de moi pour cette aventure, et qui m'ont laissé tomber, que je n'ai aucun scrupule d'autant plus que j'avais mis en garde le journaliste la veille, et cela par téléphone.

La revue de presse:

- Var Matin : "Le Kilimandajaro avec des cannes anglaises" fait sa UNE avec des sous-titres du genre "Le fauteuil inutile", "il va falloir ramper".

- Nice Matin : "René Comas, un exploit quand même" en page deux et plus rien.

- L'Indépendant : "Formidable René Comas!" en page sportive.

- Le Progrès : "René Comas, l'échec à 200m du sommet" fait sa UNE.

C'est à peu près tout ce qui a été dit sur cette ascension; bien sûr, je sais qu'il y a eu un blocage mais la jalousie n'est pas bonne conseillère, et c'est le genre de problème que je finirai bien par régler avec le temps, car dans les journaux les hommes passent. "Le chien aboit et la caravane passe".

Une revue de presse maigrichonne pour un exploit qui en restera un, même si certains veulent minimiser la chose.

Aucune nouvelle de la Fédération Française Handisport, bien qu'elle m'ait apporté un soutien pour la constitution de mon dossier budgétaire; à moins que certains n'aient pas fait leur travail. Car le voyage et l'aventure terminés, le rêve est passé et les bonnes résolutions oubliées.

Cette ascension du Kilimandjaro est la plus grande aventure que j'ai vécue mais elle laisse un goût amer au fond de mon être, car on accorde beaucoup trop d'importance à certaines choses et pas assez à d'autres.

Je voudrais prendre l'exemple de cet homme handicapé que l'on hissait sur les pentes de l'Himalaya, et dont on ferait un héros, mais où est l'effort physique dans tout cela, ce sont les sherpas qui l'ont traîné, qui ont réalisé un exploit. Maintenant je dois reconnaître qu'il fallait un certain courage pour accepter cette expérience. Ne croyez-vous pas qu'il m'en a fallu aussi du courage pour faire ce que certains appelent "un exploit" et ce que d'autres ignorent.

Never Again, Never Again,

 

Jamais plus, jamais plus, c'est la réflexion qui m'est venue à l'esprit en premier, mais après avoir analysé l'ensemble de toutes les erreurs que j'ai pu faire, je réalise que je pourrai bien recommencer à condition de ne plus m'occuper de rien. Tant au niveau administratif qu'humain, médiatique ou autre, car je me suis usé à préparer tous ces dossiers, à attendre des réponses qui ne venaient jamais. Le plus dur c'est d'envoyer des courriers qui restent sans réponse, drôle d'époque où la politesse n'a plus cours.

Never again, jamais plus, on ne sait jamais.

Il ne faut jamais dire impossible ou jamais.

Je les ai côtoyés tes neiges éternelles Kilimandjaro.

J'ai été le plus Kilimandjaro.

De tous les polios, Kilimandjaro.

 

LES PAGES QUE VOUS VENEZ DE LIRE SONT EXTRETES DE MON LIVRE

"J'y suis, J'y reste, Honteusement Vôtre"

PARU EN 1988

A ce jour, je ne parlais plus trop de mon ascension qui était tombé dans les oubliettes de mes souvenirs mais un événement qui est passé à la télévision (je préfère ne pas citer la chaîne, ce serait trop d'honneur que je leur ferais) m'a fait réagir d'où ma réaction paru dans l'article de presse qui suit.

Sachez que je suis outré par l'attitude de cette chaîne qui veut faire du chiffre sur le handicap, un peu comme le politicien qui utilise le handicap afin d'être élu.

Vous pouvez réagir en écrivant aux médias que vous connaissez en leur demandant réparations, comme je dis "rendez à René ce qui appartient à René".

Merci de ce que vous ferez.

Ecoeurant, je n'ai même pas eu de nouvelles de mes amis qui étaient venus avec moi sur le Toit de l'Afrique, cela par contre est décevant après ce que nous avons vécu ensemble.

Commentaires (1)

1. alphonse 29/07/2008

j'ai lut ton aventure du kilimandjaro c'est extraordinaire pour un handicapé !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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